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Je le lirai quand-même...

Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ?
8 octobre 2026 par
Je le lirai quand-même...
Jean-Luc Crombois


Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ?


Goncourt, IA et création : ce qui compte, et ce qui ne s'excuse pas

L'Académie Goncourt vient d'écarter de sa sélection C'était ça ou mourir, le premier roman de Thélyson Orélien. Elle estime que le livre est, selon toute vraisemblance, très largement le produit d'une intelligence artificielle, et lui reproche aussi des plagiats dans d'anciens textes. L'auteur conteste avoir eu recours à l'IA.

Cette affaire parle à tous les créateurs, et aux graphistes en particulier, parce que le graphisme vit ce débat depuis des années avec un autre vocabulaire.

Commençons par ce qui est solide. Le plagiat est une faute, quel que soit le métier. Copier le travail de quelqu'un d'autre et le signer, c'est voler. Le graphisme le connaît bien : le logo qui ressemble trop à un autre, l'identité recopiée, les mêmes formes qui circulent de marque en marque. C'est vérifiable, c'est documentable, et c'est à cela qu'un jury a raison de s'attaquer. Ici, les plagiats reprochés à l'auteur concernent d'anciens textes, pas le roman.

L'autre accusation est beaucoup plus fragile. Elle repose sur un logiciel de détection qui donne un score. Or un score n'est pas une preuve. Un « 100 % IA » ne dit pas que toute la page a été écrite par une machine, il dit que l'outil est très sûr de lui. Franceinfo rappelle d'ailleurs que le résultat d'un détecteur ne constitue pas une preuve définitive. Des chercheurs défendent la fiabilité de cet outil sur les textes longs, et il faut l'entendre. Mais écarter un livre sur la foi d'une probabilité, sans rien savoir de la façon dont il a été écrit, c'est un jugement bien léger.

Dans le graphisme, la question ne se pose plus depuis longtemps. Personne ne demande à un logo s'il a été dessiné à la main, à la tablette ou à partir d'un générateur. On regarde s'il fonctionne, s'il est lisible en petit format, s'il dit la bonne chose de la marque, et s'il est original. L'outil change, la question reste la même : est-ce juste, est-ce à soi, est-ce que ça sert ?

C'est là que le débat se trompe de cible. La vraie ligne de partage n'est pas entre ce qui est fait avec une machine et ce qui est fait sans. Elle est entre ce qui est honnête et ce qui ne l'est pas. Un créateur qui utilise l'IA, qui garde la main sur l'idée, qui choisit, corrige et assume, fait un travail de créateur. Un autre qui recopie, ou qui fait passer pour sien ce qui ne l'est pas, triche, avec ou sans intelligence artificielle.

Quant au livre, des lecteurs l'ont trouvé passionnant. Un prix distingue aussi la personne qui signe, et c'est bien pour cela que les jurys auraient intérêt à écrire noir sur blanc ce qu'ils acceptent, plutôt que de sortir un détecteur au moment où la polémique éclate. Exigeons la transparence, dénonçons le plagiat, et ne confondons pas un score avec la preuve d'une faute.

Devant un logo qui nous convainc, qui demande encore avec quoi il a été dessiné ?



When dreams come almost true.
Ce que l'IA permet de faire exister, après l'avoir rêvé.